samedi 4 août 2012

Attraction universelle

Allant de bon matin sur la route plate
ni bosse ni creux suspects à l'horizon
pas même de traîtres gravillons
pilotes automatiques, mes pieds se hâtent

Toute innocence, je les laisse faire
ne sont que deux, c'est pas sorcier
l'un après l'autre, devant derrière,
se lèvent, se posent, une enjambée

Sans réfléchir, le corps suit l'impulsion
pour l'équilibre, les bras balancent 
nez  poumons gèrent l'inspiration
les muscles chauds tiennent la cadence

La tête ailleurs, j'allais bon train en ligne droite
Or, soudain, le bel accord se détraque
les pieds s'embrouillent, font un croche patte
à moi, le vol plané . VLAN ! PATATRAC !

La terre m'embrasse, dure gamelle
je gagne, sonnée, la couronne étoilée
nouvelle leçon sur l'attraction universelle
ne jamais - ô jamais - se fier à ses pieds.

jeudi 19 juillet 2012

Formulaire

passage en douane vol régulier
qu'avez vous donc à déclarer

je transporte des mots valises
aux chants rares qui me grisent

aucun trait glauque becs acérés
de joyeux drilles bien calibrés

en congés, je collectionne
des mots d'esprits qui bien ronronnent

lassés d'attendre,  ils s'échappent
rejoindre le vent qui les happent

me laissant vide papier froissé
la mine grise un rien frustrée.

mercredi 20 juin 2012

Papillons

papillon de jour papillon de  nuit
volètent volètent
sur les courants d'air

fragiles les mots
s'échappent de ma tête
brève est leur vie
une goutte sur tes lèvres 

dans les courants d'air
sans abri  sans bruit
s'enfuient l'avenir
les belles paroles

papillon de jour papillon de nuit
jamais ensemble
volèrent volèrent.

mardi 13 mars 2012

La sieste de José Maria de HEREDIA (1842-1905)

Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise un jour pareil
Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.


Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.

Vers la gaze de feu que trament les rayons,
Vole le frêle essaim des riches papillons
Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.

mercredi 25 janvier 2012

Croisière

la ville éventrée s'est couchée sur le flanc
 un luxe de pacotille au temps vide

en grosses lettres en bandes annonces
 un charivari de sauve qui peut

les yeux fermés je pense bleu originel
 chaude marée vent de terre creux de voile

comme un récif impitoyable un refrain déchire :
  la vanité a fait naufrage

"A darker storm stands over the world.
It puts its mouth to our soul
and blows to get a tone. We are afraid
the storm will blow us empty.
"

Tomas TRANSTROEMER

lundi 19 décembre 2011

La cote 400 ( Sophie DIVRY)

(...) pour écrire,(j'y ai beaucoup réfléchi aussi) il faut avoir un problème sexuel. C'est évident. Ou trop de libido ou pas assez. C'est au choix. Mais, écrire, c'est sexuel. Alors, vous comprenez que , moi, au milieu de tous ces livres, avec Martin, là, quand il est à la porté de mes bras ? Heureusement qu'il y a deux mille ans de civilisation derrière moi et le ficus entre nous, sinon... (...)


Ed Les allusifs ISBN 978-2-923682-13-6

samedi 29 octobre 2011

Les lois de l'univers sont contre nous (P. Barthélémy -oct 2011)

Les lois de l'Univers sont contre nous

"Si quelque chose peut mal tourner, cela tournera mal." Etablie empiriquement à la fin des années 1940 par un ingénieur de l'US Air Force qui lui donna son nom, la loi de Murphy, ou loi de la guigne maximum, est dotée d'amusantes extensions dont la plus célèbre est sans nul doute la loi de la tartine beurrée : "La tartine tombe du côté du beurre." D'aucuns expliquent instinctivement le phénomène en disant que la couche de matière grasse provoque une dissymétrie du moment d'inertie du toast ou de son aérodynamique. En réalité, dans une étude aussi pleine de science que d'humour britannique, publiée en 1995, dans l'European Journal of Physics, Robert Matthews a montré que le beurre, si déterminant pour le goût, n'était que quantité négligeable dans l'histoire : si la tartine atterrit du mauvais côté, c'est tout simplement, prouve cet article, parce que les lois de la nature sont contre nous. L'examen de la chute de la tartine beurrée met en lumière le caractère profondément maléfique de l'Univers. On s'en doutait, à regarder le journal télévisé, mais une preuve scientifique vaut mieux qu'une supputation.
Robert Matthews passe au crible la dynamique du toast tombant d'une table. Glissement, friction, rotation, tout y passe. La première conclusion est que la tranche de pain (de baguette ou de pain de mie, les deux sont étudiés) n'a en général pas le temps de faire un tour complet. On aurait pu s'arrêter là et passer au corollaire de cette loi, à savoir : "La probabilité pour qu'une tartine tombe du côté beurré est directement proportionnelle au prix du tapis." Mais Robert Matthews s'intéresse à la physique et non à l'économie, et il aime visiblement aller au fond des problèmes.
Comme on peut s'en apercevoir en lisant les formules dont son article est émaillé, l'élément principal qui provoque le drame de la tartine, si l'on met de côté votre maladresse ou le fait que vous n'auriez pas dû vous rincer à la vodka hier soir, est la hauteur de la table. Or, celle-ci est directement déterminée par la taille de l'humain moyen, qui est elle-même le résultat de l'évolution.
La bipédie que nos lointains ancêtres ont acquise il y a quelques millions d'années est un facteur qui limite de notre taille pour des raisons de sécurité : si l'homme marchait à quatre pattes, il ne risquerait pas, même en mesurant plus de 3 mètres, de se briser le crâne à la moindre gamelle. La hauteur de la table dépend donc de la résistance de nos os à la chute, donc de la structure de la matière, de la masse du proton et de l'électron et de la constante de la structure fine qui régit la force électromagnétique assurant la cohérence des atomes. Sont aussi impliquées la vitesse de la lumière (pour le calcul de l'énergie) et les lois de la gravitation. Au final, tous les organismes humains sont destinés à expérimenter à leurs dépens la loi de Murphy appliquée à la tartine, ce en raison des constantes fondamentales de l'Univers fixées lors du Big Bang.
Pour confirmer son étude, Robert Matthews a, en 2001, fait effectuer un immense test en recrutant des écoliers dans tout le Royaume-Uni. Sur plusieurs milliers de chutes de tartines, 62 % de celles-ci ont atterri côté beurré, ce qui est significativement plus que ce que le pur hasard autoriserait. Et il y a une explication pour les 38 % qui ont fini à l'endroit : on avait beurré le mauvais côté.



Pierre Barthélémy est journaliste et auteur du blog Globule et télescope.